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French 30-1

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Practice reading comprehension

L'établi

Extrait de roman

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L'établi

Extrait de roman

Thème : Deuil, mémoire, transmission

Le matin où Isabelle pénétra dans l'atelier de son père pour la dernière fois, l'odeur la saisit

avant même que ses yeux ne s'habituent à la pénombre. Sciure de bois, huile de lin, vieux cuir —

une trinité que nul parfumeur n'aurait su reproduire et qui était, à ses yeux, l'odeur même de

l'enfance. Elle s'immobilisa sur le seuil, la main crispée sur la poignée de la porte, comme si

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franchir ce pas définitivement signifiait perdre quelque chose qu'elle ne saurait jamais nommer.

L'atelier était resté tel qu'il l'avait laissé. Les rabots pendaient à leurs crochets avec la

discipline d'une armée en repos ; les ciseaux à bois, rangés par taille décroissante, formaient

une gamme méticuleuse sur le panneau de contreplaqué. Son père disait toujours qu'un outil à sa

place était un outil qui travaillait pour vous, même dans le silence. Elle n'avait jamais

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vraiment compris cette phrase du vivant de l'homme. Elle la comprenait maintenant.

Sur l'établi central trônait, inachevé, le dernier projet de Georges Maltais : un berceau de

bouleau blanc destiné au premier enfant de sa petite-fille. La pièce était avancée — pieds

tournés, montants assemblés — mais il manquait les barreaux, et ce vide donnait à l'objet une

allure de phrase interrompue à mi-mot. Isabelle posa la main sur le bois, dont le poli n'était

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pas encore tout à fait atteint, et sentit sous ses paumes les légères aspérités que son père

n'avait pas eu le temps d'effacer. C'était cela, l'inachèvement : non pas l'absence de forme,

mais la présence des traces d'une main qui s'était retirée trop tôt.

Elle songea à tout ce qu'il lui avait transmis sans le dire — la patience devant une pièce

récalcitrante, le respect du grain du bois, cette façon qu'il avait de tourner un problème dans

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tous les sens avant d'y porter l'outil. Ces leçons-là ne figuraient dans aucun carnet. Elles

s'étaient déposées en elle par osmose, au fil de milliers de matins passés à côté de lui, sans

qu'aucun des deux n'en prît conscience.

Dehors, le vent faisait claquer la porte de la grange. Dans l'atelier, rien ne bougeait. C'est à

ce moment qu'Isabelle comprit que son père avait habité l'espace d'une manière qui excédait sa

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présence physique : il avait ordonné les choses selon une logique si profondément la sienne

qu'elle persistait après lui, comme une signature dans chaque outil à son clou, dans chaque pot

de colle à sa place, dans ce berceau blanc qui attendait des barreaux que personne d'autre ne

saurait tailler exactement comme lui.

Elle prit un ciseau à bois, en sentit le poids familier dans sa paume, et décida qu'elle le

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finirait.

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Question 1

Dans le premier paragraphe, à quoi sert le mot « trinité » pour décrire les trois odeurs ?

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